L'adieu à nos compagnons; pourquoi l'hommage est-t'il un besoin ancestral inscrit dans nos gènes?
- L'ESSENTIEL EDUC
- il y a 1 jour
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Lorsqu’un animal vient dans nos vies, nous acceptons un accord implicite ; de le protéger et de l’aimer inconditionnellement jusqu’au bout. Ce « jusqu’au bout » est imprévisible, car rien ne nous prépare à une échéance avec notre compagnon à poil, ou à plume.
Nous savons qu’il y a un temps limité avec nos amis à quatre pattes. D’ailleurs, quand nous commençons une histoire avec eux, nous n’envisageons nullement cette possibilité. Mais, quand vient la maladie soudaine, ou la perte après une opération banale, ou la perte de l’âge jeune de notre animal…Cela nous confronte à la perte réelle et nos cœurs sont terriblement atteints, ravivant peut-être, au passage, les blessures du passé.
Pourquoi la perte nous marque à jamais ? Pourquoi avons-nous ce besoin presque inéluctable de rendre hommage aux disparus, aux morts qui ne sont plus parmi nous ? Est-ce notre manière de vivre après la perte, d’y donner du sens ?
L’article d’aujourd’hui explore cette dimension biologique et ancestrale, au-delà de ce que nos cœurs expriment.

I-L’imprévisibilité de la fin
C’est lorsque nous sommes confrontés à la perte, que nous réalisons, presque tardivement, que le temps était court et limité avec ceux que nous aimons.
Oubliant presque instinctivement, que notre vie est régie par une épée de Damoclès. La mort nous fait signe, en guise de rappel, de trouver peut-être du sens à cette vie..
La maladie est imprévisible, et la mort, l’est tout autant. En Occident, il est tabou de parler de ces sujets, sans que cela confronte à nos peurs (de vivre ou de mourir ?).
L’imprévisibilité crée un sentiment d’impuissance face à nos vies que nous pensons contrôler. Le facteur de la maladie nous entraîne parfois dans une échéance, et une dégradation qu’on aimerait empêcher à tout prix.
II- Petite, je croyais que les disparus se retrouvaient dans les étoiles
Qui enfant, n’a pas levé les yeux au ciel, en se disant que peut-être l’arrière-grand-mère décédée ne se retrouvait pas dans les étoiles ? Certainement influencée en tant qu’enfant, par la culture du film « le Roi Lion » (digne d’un conte), ou bien « Contact ».

Parlons des contes qui marquent les esprits, qui nous renvoient aux mondes des étoiles et aux êtres disparus.
1. Comme l’explique la légende de Sirius dans la mythologie grecque : Sirius était le dieu ou la déesse de l'Étoile du Chien, l'étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. On croyait que le lever de cette étoile avant l'aube, sur la trajectoire du soleil, était à l'origine de la chaleur torride et des sécheresses du solstice d'été.
2. Sirios apparaît sous de nombreuses formes dans la mythologie. Il ou elle était tour à tour décrit(e) comme Maira (Maera), fille du Titan Atlas, Maira, le chien du héros Icarios, Lailaps (Laelaps), le chien d'Orion, et Kyon Khryseos, le chien d'or de Zeus. Il/elle a sûrement également été associé(e) à Orthros (« Crépuscule du Matin »), le chien de Géryon, géant de l'ouest. L'étoile était sans doute aussi liée à Hécate, déesse amoureuse des chiens, fille de Persès « le Destructeur » et d'Astéria « l'Étoilée ». (1)
3. Ou Le Train de Nuit dans la Voie Lactée ; Un jeune garçon, Giovanni qui monte dans un train magique qui voyage à travers la Voie Lactée. Au fil du voyage, il réalise que les passagers du train sont des âmes en route vers l'au-delà. Chaque station est une constellation. Le train traverse des paysages de cyprès célestes et de sables de cristal.
«Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j’habiterai dans l’une d’elles, puisque je rirai dans l’une d’elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles » (Le Petit Prince)
III- Un besoin ancestral : L'homme, cet animal qui honore ses morts
L’hommage fait presque partie d’une culture ancestrale, ancrée dans nos gènes.
Comme d’ailleurs, l’explique l’anthropologue Edgar Morin, dans son ouvrage majeur L'Homme et la Mort, l'humanité commence véritablement avec la sépulture.
Dès que l'être humain a commencé à enterrer ses morts avec des objets ou des fleurs (comme on l'a observé chez les Néandertaliens de la grotte de Shanidar), il a signifié que la vie ne s'arrêtait pas à la décomposition biologique.
Donc, quand nous avons besoin de rendre hommage, ainsi qu’à nos animaux qui font partie du cercle familial. Il ne faut pas oublier que ces derniers ont pris une place considérable dans la société. Leur rôle au sein du foyer n’est pas à négliger.
Rendre hommage, c’est une manière de ne pas oublier, ceux qui ont été avec nous.
Mais, quand est-il, lorsqu’un être disparaît sans qu’on ait pu lui adresser un dernier « adieu » ?
IV- Le jour où Bagheera est arrivée dans ma vie, et est vite repartie...
Peu de temps après le décès de ma chienne, une mystérieuse chatte noire errante est arrivée dans ma vie. Elle avait choisi notre maison ; elle s’y installait pour y dormir et y manger. Rencontre improbable, mais incroyable. Ses ronronnements ont permis de mettre du baume à mon cœur, meurtri du décès de ma chienne.
Puis, de nouveau, plus de trois mois et demi après, nous apprenions qu’elle avait été renversée dans la rue (comme un autre chat noir cette terrible nuit). Nous nous apprêtions à la faire identifier (avec la cage achetée). Nouveau deuil.
Cette fois-ci ce fut différent. Nous n’avions pas pu lui dire « adieu ». Alors, même encore aujourd’hui, au moment où j’écris ces lignes, je m’attends à la revoir dans le jardin, près du rebord de la fenêtre, réclamant à rentrer.
Il y a quelque temps, j’ai entrepris ce tableau ; quand il n’y a pas de sépulture, il faut bien honorer la mémoire d’une âme. L’honorer en l’appelant par son prénom, en se rappelant qu’elle a existé dans nos vies et nos cœurs.

Ne pas voir le corps et constater avec nos yeux que l’être n’est plus, crée une « digestion difficile » dans le deuil. Même, je dirais, qu’il oblige à créer un « deuil différent ».
Car, l’esprit a besoin de voir de ses propres yeux, pour rendre hommage.
D'ailleurs, en écrivant ces lignes, j'ai une pensée pour ces humains qui perdent leurs animaux, ou qui ne reviennent jamais à la maison.
V-Le lien continu, même après ?
L’homme et l’animal sont reliés par une sorte de lien, qui fait que l’on s’attache. L’animal trouve ses repères auprès de nous : notre rôle est de le rassurer, mais aussi d’être une présence dans un langage non-verbal. Donc, cela crée un lien fort entre deux espèces différentes, un langage de communication.
Le deuil consiste aussi à transformer cette peine, à transformer le lien physique en un lien symbolique. L'animal n'est plus dans son panier, mais il trouve une place ailleurs : dans un souvenir, une photo, ou une action symbolique.

En fait, dans le deuil, quel qu’il soit, est de pouvoir retrouver de la force dans cet abandon.
Guérir ? Je dirais, que notre cœur se doit de trouver un apaisement dans ce « trop plein » émotionnel. C’est là, que la Vie fait son œuvre.
Le besoin de repère : Le cerveau a besoin de "situer" le disparu pour apaiser l'angoisse de l'absence.
La validation du deuil : Rendre un hommage public ou formel permet de valider une souffrance trop souvent minimisée par la société ("ce n'était qu'un animal", « passe à autre chose », « tu pleures encore son absence ?, « Prends en un autre, ça te guérira ! »)
VI- Inscrire le souvenir dans l'éternité : Le symbole de l'étoile
C’est là, qu’entre en ligne de compte, En Paix, qui propose de baptiser une étoile en hommage à nos compagnons (chiens et chats).

Au-delà de l'aspect poétique, cette démarche répond parfaitement aux besoins psychologiques vécus dans le deuil :
1. L'éternité : Face à la déchéance physique causée par la maladie, l'étoile offre une image d'immuabilité et de pureté.
2. Le repère visuel : Pouvoir lever les yeux au ciel et se dire "il est là" permet de matérialiser ce fameux "lien continu".
3. Le rituel d'apaisement : Choisir un nom, recevoir un certificat, en "gardien de la mémoire". Il s'agit d'un acte symbolique qui agit peut-être aussi sur l’inconscient pour nous aider à nous réparer de la perte.
VII-J’ai testé l’étoile ; en paix
Ce site web m’a particulièrement touchée, autant par le graphisme et la poésie qui émanent.
« L’étoile », ce nom résonnait dans le creux de mon oreille. Pourquoi cela s’imprégnait-il si fort dans mon âme ?
La chose la plus ironique, est que ma chienne Laika, on la surnommait « Notre étoile », alors ne pouvait qu’y trouver une correspondance avec mon âme.
J’ai commandé un coffret, comme un besoin irrépressible d’avoir quelque chose pour l’honorer.
J’ai été touché par la délicatesse ; on y reçoit en doublon par mail, ce que contient notre coffret. La commande est à l’image du site web ; poétique et attentionnée.

Peut-être, ce qui a aussi touché mon cœur, également : c’est le fait de pouvoir choisir au hasard une constellation (encore mieux).
Nous sommes d’accord, c’est une symbolique… Mais, c’est un symbole qui permet d’honorer l’animal en question surtout quand ce dernier a compté.
Cela ne remplace ni la perte ni l’absence, mais cela répond à un besoin qui, à cet instant, peut symboliquement modifier la phase du deuil.
Bien entendu, propriétaires de chats, vous pourrez également rendre hommage pour vos amis félins disparus:

Conclusion
En tant que propriétaires, nous ne nous arrêtons pas à la dernière visite chez le vétérinaire.
Rendre hommage à son animal, que ce soit par une étoile, un arbre planté ou un écrit, n’est pas un geste anodin. Le deuil se vit dans l’après.
C'est un besoin vital, ancestral, et profondément ancré dans notre nature humaine.
C’est honorer la vie qui a été, pour mieux supporter le vide laissé par l’empreinte de l’animal, qui a marqué notre vie.
Julie Caillaux
L'Essentiel Educ
Sources et références pour aller plus loin :
https://www.theoi.com/Titan/AsterSeirios.html
Robert Grave, Les mythes Grecs, éditions La Pochotèque
Sur l'anthropologie de la mort : Edgar Morin, L'Homme et la Mort (Éditions du Seuil). Un classique pour comprendre pourquoi le rite funéraire est le propre de l'homme. Lien vers la fiche ouvrage
Sur la psychologie du deuil (Continuing Bonds) : Klass, D., Silverman, P. R., & Nickman, S. L.
(1996). Continuing Bonds: New Understandings of Grief. Ce livre a révolutionné la prise en charge du deuil. Article de référence (anglais)
Sur la neurobiologie de l'attachement (Ocytocine) : Étude de l'Université Azabu (Japon) publiée dans la revue Science sur le regard entre l'homme et le chien et la libération d'ocytocine. Lien vers l'étude Science
Sur le deuil animalier (Deuil non reconnu) : Le concept de "Disenfranchised Grief" par Kenneth Doka. Explications sur le deuil non reconnu
Kenji Miyazawa, Le train de nuit, 1927
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, 1943





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